Entre Adultes consentants

Boîte de nuit.
Des hommes, des femmes.
Un homme, une femme.
Un autre homme : « Excusez-moi, mais j’ai furieusement envie de danser avec vous… »
Elle glousse d’étonnement, balance son regard d’un homme à l’autre, puis accepte en tendant son verre au premier. Et se laisse entraîner sur la piste, tandis qu’il lui tient la main gauche.
La main gauche. Cette fameuse main qui comme chaque soir porte l’alliance.
- Vous aurais-je volée à votre mari ?
- Pardon ? feint-elle de ne pas entendre.
Sa main gauche tique. A lui aussi. Alors elle sourit, s’approche :
- Ce n’était qu’un inconnu. Ce soir, je suis là pour m’amuser. Et votre femme ?
- Ah ! ma femme… elle fait bien ce qu’elle veut, ce soir. J’ai rangé ma jalousie dans un tiroir.
- J’espère qu’elle aura rangé la sienne de même.
Et ils dansent, se rapprochent encore pour ne rien se dire.
Et ils dansent, se touchent du front, retrouvent l’un et l’autre l’ivresse des jeunes amours frivoles, sans parvenir à briser le fer de leurs alliances.
- Voulez-vous m’accompagner au fumoir ?
- Euh… c’est-à-dire que je ne fume pas, mon cher…
- A vrai dire, moi non plus, mais on s’y entendrait mieux parler.
Pourtant, quelques instants plus tard, il sort une cigarette. Il ne fume pas vraiment, certes, mais il lui semblait que cette cigarette lui donnait une certaine assurance. Elle lui en prend une, elle aussi. Apparemment, sa contenance à elle est plus vite rehaussée, puisqu’elle prend cette fois l’initiative de la discussion : « Alors, monsieur le timide, aimez-vous le vice à ce point pour aborder une femme mariée, ou bien cherchez-vous à dédouaner votre conscience en voyant une femme céder aux mêmes caprices que vous ? »
Un silence amusé et gêné pèse. Ils se regardent droit dans les yeux, un sourire en coin. « Peut-être aussi qu’en abordant une femme mariée, je prends moins le risque d’aller plus loin que quelques pas de danse, puisqu’il est plus difficile au moins pour l’un des deux de… »
Elle éclate de rire : « Non, non, non, trouvez autre chose ! »
- Peut-être… peut-être que je n’étais là que pour accompagner quelques amis célibataires, et que le hasard, ou la providence, a voulu que vous soyez la seule à ne pas me laisser indifférent.
- Hmm… C’est mieux ! Je ne sais pas encore si je vous crois, mais j’aime à l’entendre.
- Pourquoi ne pas me croire, alors ?
- Je ne sais déjà pas pourquoi j’ai accepté aussi vite votre invitation osée, alors j’ai besoin de mener un peu la danse !
- Et si l’on s’arrêtait de danser pour discuter un peu ?
- Très bien, alors, discutons, monsieur… Monsieur ?
- Monsieur comme vous, tu le sais bien…

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