Ma télé adorée

Pour justifier ma redevance audiovisuelle, la présence de mon boîtier « télé haute définition » et surtout mon prochain achat compulsif d’un beau téléviseur de dernière génération, j’ai décidé de sortir une lingette dépoussiérante pour nettoyer tout mon matériel et rallumer ma télé qui était déjà l’année dernière de loin la plus performante. Voyons, il doit bien y avoir au moins cent-cinquante chaînes ! Mais pourquoi ai-je donc laissé tout ça en simples objets de décoration ?

Miracle, tout cet appareillage fonctionne encore. Je me précipite sur toutes ces nouvelles chaînes que je n’ai, suis-je bête, jamais pris le temps de découvrir. Et au bout de deux heures d’un zapping frénétique et infructueux, je me retrouve nostalgique des quelques chaînes que j’aimais tant regarder quand j’étais chez papa et maman, parce qu’elles concevaient une grande part de mon plaisir de chérubin faussement sage qui n’aimait pourtant pas faire ses devoirs.

Hélas ! Après dix minutes sur la première chaîne, j’ai bien dû me faire à l’idée que je ne verrai jamais qu’une gloire à la publicité, à l’insécurité basanée ambiante et à la souveraineté de mon président. Président qui, me souviens-je soudain, avait décidé d’éradiquer les publicités sur les chaînes publiques afin de promettre des programmes de qualité. Ni une, ni deux, mon pouce court sur la télécommande pour vérifier tout ça.

Oh ! Joie. J’ai le choix entre un bon téléfilm français ou un encore meilleur allemand, ce qui ferait le bonheur de mon corps fatigué en me plongeant en moins de cinq minutes chrono dans un sommeil profond sur le canapé, en promesse d’une sacrée nuit propice à un futur torticolis. Si je suis difficile, je peux encore opter pour un vrai débat entre personnalités médiatiquement importantes.

Ah ! Les débats télévisés. Je crois avoir, au bout de ces trois heures, enfin trouvé ce qui me convient. C’est vrai, rien que la question nourrissant le débat que je suis justement en train de regarder est tellement intelligente que personne jusqu’à aujourd’hui n’a jamais osé la poser, c’est dire. A cette question hautement philosophique, deux personnes d’un avis totalement opposées sur ce non-sujet se coupent incessamment la parole dans le but de combler deux heures d’émission en direct où l’animateur, dont le souci est paraît-il d’intéresser le téléspectateur et lui apporter deux avis différents afin de lui fournir cette incroyable opportunité de se faire son propre avis sur un thème dont il n’avait jusque là rien à cirer, n’a plus qu’à couper la parole lui-même aux deux précédents protagonistes qui n’existent que par cette virtualité audiovisuelle, dans le but évident de terminer l’émission qui commence à déborder sur le planning de la suivante tout aussi captivante.

Mais je suis fatigué, car voilà déjà bien cinq heures que je me brûle les yeux et les neurones. J’éteins tout, serein de ce vide qui m’emplit, prêt à dormir du sommeil du sage.

Tiens, que vois-je ? Quelle est donc cette enveloppe ? Ne serait-ce pas mon avis de redevance ? Si, si, on dirait bien. Je crois que je vais le laisser traîner encore un petit peu : j’aurai l’impression d’être un escroc si je n’ai pas à payer un supplément de retard à cette taxe.

Mom’s

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